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Le pape entreprend au Proche-Orient son voyage le plus politique

Le voyage de Paul VI en Jordanie et en Israël en 1964, le premier du genre, fut historique ; celui de Jean Paul
II en 2000, chargé d’émotion. La visite que Benoît XVI s’apprête à
effectuer, du vendredi 8 mai au vendredi 15 mai, en Jordanie, en Israël
et dans les territoires palestiniens occupés s’annonce délicate, tant
au niveau politique qu’interreligieux.

“Parvenir à une paix stable et durable”

Le pape Benoît XVI a souhaité, mercredi 6 mai, que son voyage soit “fructueux pour la vie spirituelle et civique de tous les habitants de Terre sainte”. “J’attends avec impatience d’être avec vous et de partager vos aspirations et vos espoirs tout comme vos peines et vos luttes”, a-t-il ajouté.

Il avait affirmé, dimanche 3 mai, effectuer ce “pèlerinage pour demander au Seigneur le don précieux de l’unité et de la paix pour le Moyen-Orient et pour le monde entier”. Il avait précisé qu’il souhaitait
“témoigner de l’engagement de l’Eglise catholique en faveur de ceux qui
s’efforcent de pratiquer le dialogue et la réconciliation pour parvenir
à une paix stable et durable dans la justice et le respect réciproque”
.

Avec ce voyage, le Vatican entend inscrire le
pèlerinage papal en Terre sainte dans la tradition pontificale.
Soucieux d’arpenter la “patrie terrestre de Jésus”, auquel il a consacré un ouvrage théologique et personnel en 2007, Benoît XVI a précisé, dimanche, qu’il abordait la région en “pèlerin de la paix et de l’unité”.

Mais
la dimension spirituelle, voire personnelle, que Benoît XVI, pape
pèlerin de 82 ans, veut imposer à cette semaine risque d’être en partie
éclipsée par l’ampleur des enjeux qui sous-tendent le voyage. Au-delà
du soutien, naturel, apporté aux chrétiens de la région et de l’appel à
l’unité lancé à la quinzaine d’Eglises qui font vivre la chrétienté au
Proche-Orient, le pape vient aussi, par des gestes spectaculaires,
conforter des relations difficiles avec l’islam et tenter de solder la
période de tensions ouvertes ces derniers mois avec le monde juif.

Le voyage de Benoît XVI en Terre sainte est “le voyage le plus attendu et peut-être le plus engageant, jusqu’à présent, de son pontificat”, a reconnu dimanche, le porte-parole du Vatican, le Père Federico Lombardi. “Chaque journée, chaque geste, chaque rencontre et chaque visite, tout aura une connotation politique”, a pour sa part affirmé Mgr Fouad Twal, le patriarche latin de Jérusalem

Le
message de Benoît XVI aux chrétiens de la région, dont seule une
minorité est rattachée à l’Eglise romaine et au pape, devrait
constituer un encouragement à y vivre et y demeurer. “Les chrétiens de Terre sainte affrontent quotidiennement de nombreuses difficultés”,
a-t-il rappelé lors de la prière dominicale du 3 mai. Si les chrétiens
de Jordanie (quelque 120 000 personnes sur une population de 5,7
millions) sont relativement préservés, les fidèles palestiniens et
irakiens sont soumis à de fortes pressions.

Les premiers (45 000
fidèles, dont un tiers environ de catholiques) sont à la fois victimes
de l’occupation israélienne, des difficultés économiques et de
déplacements qui en découlent, et de l’islamisation de la société
palestinienne. Appartenant souvent aux classes moyennes ou supérieures,
éduqués dans les établissements scolaires catholiques, les chrétiens
rejoignent, quand ils en ont les moyens, une diaspora installée de
longue date en Amérique latine et en Europe. Cette émigration continue,
quoique difficilement chiffrable, inquiète les autorités religieuses.

Le
sort des chrétiens d’Irak, dont plusieurs dizaines de milliers, face
aux attaques islamistes et à l’instabilité politique de leur pays, ont
trouvé refuge dans le royaume jordanien, devrait aussi être évoqué.
Rejoints par des fidèles libanais et syriens, ils devraient assister à
la messe en plein air célébrée, le dimanche 10 mai, au stade d’Amman,
une première dans un pays arabe.

Dans le même temps, des gestes
envers l’islam sont attendus lors du séjour particulièrement long que
Benoît XVI effectue en Jordanie et durant son passage à Jérusalem. Pour
la deuxième fois de son pontificat, le pape se rendra dans une mosquée,
à Amman, la capitale. La première remonte à décembre 2006 lorsque, deux
mois après la conférence de Ratisbonne au cours de laquelle le pape
avait établi un lien entre islam et violence et provoqué la colère des
musulmans à travers le monde, Benoît XVI s’était recueilli à la mosquée
Bleue d’Istanbul, en Turquie.

Certains musulmans n’ont pas oublié la controverse et, à l’instar des Frères musulmans jordaniens, ont demandé des “excuses” au pape, indiquant qu’il n’était pas “le bienvenu”
sur place. Depuis 2006, le Vatican a tenté de renouer le dialogue avec
l’islam, et le pape a rencontré des responsables religieux musulmans de
toutes obédiences, notamment lors du Forum catholiques-musulmans, qui
s’est tenu en novembre 2008 à Rome. L’un des initiateurs de cette
rencontre interreligieuse n’est autre que le prince jordanien Ghazi Ben Mohammad Ben
Talal. Il sera présent auprès du pape au cours de son séjour dans le
royaume qui, depuis plusieurs années, met en avant son engagement en
faveur du dialogue entre les religions. Sur ce thème, Benoît XVI
devrait rappeler son attachement à la liberté religieuse et à la
coexistence entre les religions.

A Jérusalem, la visite, inédite
pour un pape, au dôme du Rocher, situé sur l’esplanade des Mosquées,
troisième lieu saint de l’islam, et sa rencontre avec le grand mufti
devraient donner à Benoît XVI une autre occasion de s’adresser aux
musulmans et, au-delà, à la majorité des Palestiniens. Reste à savoir
si la question politique de Jérusalem et, plus globalement, de celle
d’un Etat palestinien sera directement soulevée par son hôte, comme ce
fut le cas en 2000, lors de la rencontre entre le président du tribunal
islamique de Ramallah et le pape Jean Paul II.

En dépit de ces
embûches politico-religieuses, toutes les parties ont intérêt à
afficher la réussite du voyage, ne serait-ce que pour conforter la
venue des pèlerins (un million d’entre eux ont arpenté la Terre sainte
en 2008). Ce secteur est vital pour l’économie et l’image d’Israël,
ainsi que pour les territoires palestiniens occupés, et notamment
Bethléem, privés de cette manne entre 2001 et 2004, au plus fort de la
seconde Intifada. La vitalité des pèlerinages constitue aussi pour
l’Eglise un moyen de perpétuer et d’assurer sa présence dans la région.

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