Au Jourdain, du business à l'italienne, et une gifle sacrée pour Israël

Il est venu là où Jésus a été baptisé, comme jadis tant de pèlerins. Ce dimanche 10 mai, en fin d’après-midi, Benoît XVI a posé les premières pierres de deux églises au bord du Jourdain, un acte qui a quelques répercussions symboliques.

L’érection de deux lieux de culte chrétien est la preuve tangible que la Jordanie est le paradis chrétien de la région, et que le royaume hachémite est un paragon de vertu pour le dialogue entre musulmans et chrétiens, à la différence de tant de pays alentour. La veille, à la mosquée du roi Hussein, le pape et le prince Ghazi* ont scellé une sorte de pacte dans ce sens. Derrière, des enjeux plus terre à terre se profilent. La Jordanie profite de la visite du pape pour avancer ses pions dans le business de la Terre sainte. Le royaume espère bien miser non seulement sur le tourisme profane – Petra, les citadelles croisées, la Mer rouge – mais aussi sur le tourisme sacré. D’où l’importance des lieux liés à la révélation biblique. Comme le site du Mont Nébo (où le pape est venu hier), où des travaux sont en cours pour agrandir le lieu afin d’accueillir les visiteurs, au risque de faire disparaître les admirables ruines romanes au sommet de la montagne sous d’immondes tonnes de béton, comme nous avons pu le constater hier. Construire deux édifices catholiques (un latin, un grec-catholique) tout près du lieu du baptême de Jésus a pour but de faire venir les tours opérateurs, en partie d’Italie. L’Italie est à la fois le seul pays au monde où tous les médias paient à temps plein un vaticaniste pour couvrir l’actualité papale ET le pays d’Europe où les catholiques sont des fans de pèlerinages (les italiens sont le premier groupe national représenté à Lourdes, par exemple). Combinez les deux et vous comprendrez pourquoi l’agence de voyage du Vatican a organisé pour les journalistes un second « vol papal ». Pour faire la promo des sites chrétiens de Jordanie tout en couvrant la visite du pape. Astucieux, non ?

Politiquement, le choix de la Jordanie n’est pas neutre. Il confirme le choix déjà fait en l’an 2000 par Jean Paul II. En effet, Israël revendique aussi, sur la rive droite du Jourdain, le « vrai » lieu du baptême du Christ (pour en savoir plus d’un point de vue scientifique, lire le hors-série de La Vie consacré à Jésus, les 100 questions pour tout comprendre), où se déroulent d’ailleurs de nombreux baptêmes par immersion, notamment d’évangéliques américains. La venue du pape sur la rive gauche, en Jordanie, est une sorte de pied de nez au Ministère du Tourisme israélien.

Mais il y a mieux : le discours de ce soir de Benoît XVI est une sorte de vexation pour Israel. En effet, le pape a fait référence au Jourdain, « lieu marqué par de nombreux événements mémorables dans l’histoire biblique ». Et le pape de mentionner différents épisodes de la Bible, mais d’omettre l’événement le plus important, sur lequel se fonde TOUTE l’histoire du peuple hébreu… Il s’agit de l’entrée en Terre promise de Josué et du peuple hébreu, qui passent le Jourdain à pied sec en raison d’un miracle, et qui prennent possession du pays de Canaan. L’omission est d’autant plus énorme que le pape mentionne pourtant une « réplique » de ce même miracle survenu au prophète Elie… Comment le Vatican a t-il pu oublier cela ? Nul doute que les Israéliens et les Juifs, connaisseurs de la Bible, et qui épluchent ses discours à la veille de son arrivée auront aussi remarqué ce silence…

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